L’auteure
Véronique Mougin est une écrivaine et journaliste française contemporaine. Après des études en histoire et en journalisme, elle collabore avec plusieurs médias et se spécialise dans les sujets de société. En tant que romancière, elle se fait connaître avec Où passe l’aiguille (2018), un roman inspiré de l’histoire vraie d’un survivant de la Shoah devenu grand couturier. Son écriture sensible et documentée explore les thèmes de la résilience, de la transmission et de la mémoire.
Descriptif
Du camp de concentration au sommet de la haute couture française, voici le voyage de Tomi, une vie miraculeuse, déviée par l’histoire, sauvée par la beauté.
Résumé
« Où passe l’aiguille » retrace l’histoire de Thomas (Tomi), le cousin de l’auteure. Thomas Kiss grandit dans une famille juive à Beregszäsz, en Hongrie. Il est le fils aîné de Herman, l’un des meilleurs tailleurs pour hommes de la ville, et est élevé par la seconde épouse de son père, la mère de son frère Gabor.
Dès son jeune âge, Thomas se montre rebelle. Refusant de suivre les traces de son père en devenant tailleur, il rêve de devenir plombier, ce qui engendre des tensions familiales. Pour exprimer son mécontentement, il grimpe souvent au sommet d’un arbre et rêve d’Amérique, cherchant à s’éloigner de cette femme qui n’est pas sa mère.
Avec l’invasion nazie en Hongrie, la famille Kiss, comme tant d’autres familles juives, subit les persécutions : brimades, travaux forcés, spoliation des biens et port de l’étoile jaune.
En 1944, âgé de 14 ans, Thomas est arrêté et emprisonné dans un ghetto avant d’être déporté au camp de concentration d’Auschwitz. Pour survivre, il prétend être plus âgé, ce qui lui permet de rester aux côtés de son père. Séparé de sa mère et de Gabor, il ignore que ces derniers ne survivront pas à l’horreur des camps.
Transférés ensuite à Buchenwald, puis à Dora-Mittelbau, Herman et Thomas trouvent des moyens de survivre : Herman intègre un atelier de couture et Thomas doit, par nécessité, apprendre ce métier qu’il a toujours rejeté. L’évacuation du camp vers Bergen-Belsen précède leur libération par les troupes russes.
En automne 1945, Thomas et Herman retournent en Hongrie, mais l’attente du retour de Gabor et de sa mère s’avère vaine. Les deux hommes sont les seuls survivants de leur famille. En 1947, ne se sentant plus chez eux en Hongrie, ils décident de fuir vers la France grâce à un trésor caché, qui leur permet d’obtenir de faux papiers et de payer des passeurs.
Arrivés à Paris, Thomas, alors âgé de 18 ans, entame une nouvelle vie en se lançant dans la confection pour dames. Peu à peu, il s’intègre dans le monde de la haute couture, côtoyant de grands créateurs et construisant une carrière remarquable, tout en gardant le silence sur son passé dans les camps. Avec l’âge, les souvenirs refont surface, et Thomas se décide finalement à partager son histoire pour alléger le poids de ses souffrances.
Mon avis
Je tiens à remercier Véronique Mougin pour m’avoir offert ce livre dédicacé : une biographie romancée poignante.
Thomas Kiss nous raconte, par la voix de l’auteure, sa jeunesse, son adolescence et sa vie d’adulte. Le style du narrateur est imagé et plein de verve. Par son caractère frondeur, il rappelle Jean Rezeau, dit Brasse-Bouillon, personnage de Vipère au poing d’Hervé Bazin. Herman et Thomas partagent une ténacité inébranlable. Le père, calme et posé, s’oppose au fils, retors et dissipé, créant ainsi des tensions.
Ces personnages, sincères et touchants, traversent l’univers concentrationnaire d’Auschwitz, Buchenwald, Dora-Mittelbau et Bergen-Belsen, où ils endurent déshumanisation, sévices, faim, manque d’hygiène, travail forcé et omniprésence de la mort. Pour rester ensemble et survivre, Herman et Thomas mettent à profit leur savoir-faire en couture. Herman travaille dans un atelier, tandis que Thomas, pour éviter des travaux pénibles, se retrouve à raccommoder des uniformes dans un baraquement chauffé. Il apprend à coudre en cachette et cache ses lacunes grâce à son ingéniosité.
La survie pousse Thomas à devenir débrouillard. Coudre devient pour lui une façon de résister et de se protéger. Son courage lui permet de passer des moments sombres à la lumière de la vie parisienne après la guerre, où il se plonge dans l’effervescence de la haute couture. Là, il trouve dans la création un exutoire et une nouvelle raison de vivre.

Le titre « Où passe l’aiguille » est parfaitement en phase avec l’histoire, symbolisant le lien indéfectible entre Herman et Thomas, l’aiguille et le fil, chacun jouant son rôle pour avancer dans la trame de leur existence. Ce récit est à la fois puissant, émouvant et porteur d’espoir. L’humour y est dosé avec justesse, offrant des moments de répit face à l’horreur.
L’écriture, précise et travaillée, souligne l’importance de la transmission historique, soutenue par une recherche documentaire approfondie. Ce travail donne vie au récit tout en respectant la réalité historique.
J’ai été captivé par l’histoire de la famille Kiss, au point de percevoir une fusion entre l’auteure et le narrateur. Thomas est un personnage résolument moderne, qui pourrait aisément trouver sa place aujourd’hui.
Je remercie Véronique Mougin pour cette précieuse transmission. À une époque où les nationalismes réémergent, il est vital de se souvenir des leçons du passé.
Extrait
« Transférés ensuite à Buchenwald, puis à Dora-Mittelbau, Herman et Thomas trouvent des moyens de survivre : Herman intègre un atelier de couture et Thomas doit, par nécessité, apprendre ce métier qu’il a toujours rejeté. L’évacuation du camp vers Bergen-Belsen précède leur libération par les troupes russes. »