L’auteur
Roger Frison-Roche (1906-1999) est un écrivain, journaliste, aventurier et guide de haute montagne. Bien qu’il soit né à Paris, il a tissé un lien profond avec le massif du Mont-Blanc, en particulier avec Chamonix, où il est devenu guide. Cette expérience a nourri ses romans d’un réalisme saisissant. Il est surtout connu pour sa trilogie de la montagne (Premier de cordée, La grande crevasse, Retour à la montagne) qui a permis au grand public de découvrir les coulisses de l’alpinisme. Son style est sobre, précis, et toujours au service de la vérité de la montagne.
Descriptif de l’œuvre
Premier de cordée est un roman d’apprentissage publié en 1941, qui plonge le lecteur dans l’univers exigeant et fascinant des guides de haute montagne. Le titre fait référence à celui qui marche en tête dans une cordée d’alpinistes, c’est-à-dire à la fois le plus expérimenté et le plus responsable. À travers le destin de Jean Servettaz, Frison-Roche explore les thèmes de la transmission, du courage, de la peur, et du lien profond entre l’homme et la montagne. L’intrigue se déroule dans le massif du Mont-Blanc, et l’écriture transmet à la fois la beauté et le danger de ces sommets.
Résumé
Jean Servettaz est le fils d’un célèbre guide de Chamonix, Pierre Servettaz. Très jeune, il est confronté à un drame en montagne qui le marque profondément. Hanté par la peur, il s’éloigne du métier de guide malgré les attentes de son père. Mais lorsque ce dernier est grièvement blessé lors d’une course en haute montagne, Jean est confronté à un choix : rester en retrait ou affronter ses peurs pour prendre la relève. Progressivement, il revient vers la montagne, mûrit, et finit par embrasser pleinement son destin de guide. À travers cette ascension intérieure, il gagne l’estime de ses pairs et devient à son tour « premier de cordée ».
Mon avis
Ce roman est une vraie immersion dans un monde à la fois rude et poétique. J’ai particulièrement apprécié la justesse des émotions : la peur, la fierté, le dépassement de soi. Frison-Roche nous fait ressentir la montagne comme peu d’écrivains savent le faire : elle est sublime, mais jamais romantisée. C’est un lieu d’épreuve et de vérité. Le personnage de Jean est très touchant, car il ne s’agit pas d’un héros invincible, mais d’un jeune homme qui doute, qui chute, et qui finit par se reconstruire. Le roman nous rappelle que le courage, ce n’est pas l’absence de peur, mais la capacité à la surmonter. À lire pour l’aventure, pour l’émotion, et pour le souffle de la montagne.
Extrait
« Jean s’était arrêté un instant, le souffle court. Devant lui, l’arête effilée se détachait en noir sur le ciel clair. Chaque pas comptait, chaque geste était mesuré, réfléchi. Il sentait la corde se tendre derrière lui, le poids et la confiance de ses compagnons suspendus à ses décisions. La montagne ne pardonne pas l’erreur, il le savait mieux que personne. Et pourtant, à cet instant précis, il n’avait plus peur. Il n’y avait plus de doute, plus de passé. Il n’y avait que la neige, la glace, le vent, et cette certitude nouvelle en lui : il était à sa place. Là-haut, il comprenait enfin ce que voulait dire être premier de cordée. Ce n’était pas dominer, mais guider. Ce n’était pas briller, mais protéger. C’était être le lien, le pilier, la foi. »