L’auteur
Ernest Hemingway (1899-1961) est l’une des figures majeures de la littérature américaine du XXe siècle. Journaliste, romancier, aventurier, il a traversé les grandes secousses de son époque : la Première Guerre mondiale, la guerre civile espagnole, la Seconde Guerre mondiale. Son style, sec, dépouillé, direct, a profondément influencé la littérature moderne. Lauréat du prix Pulitzer en 1953 puis du prix Nobel de littérature en 1954, Hemingway est aussi célèbre pour sa vie tourmentée que pour ses chefs-d’œuvre, tels que Le Vieil Homme et la mer, L’Adieu aux armes ou Les Neiges du Kilimandjaro.
Descriptif de l’œuvre
Pour qui sonne le glas (For Whom the Bell Tolls, 1940) est l’un des romans les plus ambitieux et les plus poignants de Hemingway. L’action se déroule en 1937, pendant la guerre civile espagnole. Hemingway y mêle fiction et réalité, inspiré par son propre engagement en tant que correspondant de guerre. Le titre est emprunté à un sermon de John Donne, poète métaphysique anglais, qui écrivait : « La mort de tout homme me diminue, parce que je fais partie de l’humanité ; c’est pourquoi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi. »
Résumé
Robert Jordan, jeune professeur américain engagé comme dynamiteur aux côtés des républicains, reçoit une mission cruciale : faire sauter un pont stratégique derrière les lignes ennemies. Pour cela, il rejoint un groupe de guérilleros repliés dans la montagne. Parmi eux, il rencontre Maria, jeune femme marquée par les horreurs de la guerre, dont il tombe éperdument amoureux.
Les trois jours que couvre le roman sont denses, tendus, traversés par la peur, l’amour, le sacrifice, le doute. Tandis que Jordan prépare l’opération, les tensions internes du groupe, la fatigue morale et les souvenirs de chacun affleurent. Il comprend peu à peu que la mission est probablement vouée à l’échec. Mais il choisit d’aller jusqu’au bout.
Mon avis
Pour qui sonne le glas est un roman grave, lent et profondément humain. Ce n’est pas un récit d’action classique : tout est imprégné d’une méditation sur le sens du sacrifice, la fatalité et la solidarité humaine. Hemingway réussit à rendre la guerre presque palpable : la poussière, la peur, les discussions tendues autour du feu, les dilemmes moraux… Son style dépouillé frappe juste, sans effet superflu.
Ce qui m’a marqué, c’est l’intensité avec laquelle il décrit des instants de vie suspendus dans le chaos. L’histoire d’amour entre Robert et Maria, fulgurante et tragique, donne une lumière fragile à un monde en train de s’effondrer. Le roman interroge, sans donner de réponse nette, sur ce que vaut une vie, une cause, un combat.
Un chef-d’œuvre, certes exigeant, mais inoubliable.
Extrait
« Aucun homme n’est une île, entière en soi ; chaque homme est un fragment du continent, une part de l’ensemble ; si la mer emporte une motte de terre, l’Europe en est diminuée, tout autant que si c’était un promontoire, ou le manoir de tes amis, ou le tien propre ; la mort de tout homme me diminue, parce que je fais partie de l’humanité ; c’est pourquoi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi. »
— John Donne (en exergue du roman)
« Il savait qu’il allait mourir, mais cela ne l’inquiétait pas. Il avait eu trois jours, et si ce n’était pas toute une vie, cela en était assez. »
